Quelle est la genèse de l’Alteranalyse ?
Après avoir beaucoup écrit, notamment des textes d’auto-analyse m’est venue le mot alteranalyse qui a d’abord été exploité dans le cadre de ma thèse, avant de surgir sur le divan en tant que patiente, puis mon intérêt pour ce mot s’est poursuivi, jusqu’à l’idée de l’ouverture d’un cabinet en tant que psychanalyste.
Quelles sont les pistes qui nous mettent sur le terrain de l’Alteranalyse ?
L’alteranalyse se conduite en face à face, en tant que psychanalyse du ciel. Sont convoqués des personnages issus de ce que l’on appelle le ciel en tant qu’ils sont des invisibles. Nous voulons parlé des personnages de la littérature, mais de la mythologie, mais aussi des personnages issus des textes sacrés, par exemple ceux des trois religions monothéistes, ou encore des personnages issus de l’actualité par exemple politique, sociale ou artistique, ou encore des personnages issus du corpus historique. De manière privilégiée dans cette psychanalyse du ciel l’on peut affronter la question du tourment que cause la possibilité de la présence de Dieu dans l’existence. Cet exercice de l’alteranalyse rencontre le traitement des questions existentielles telles que : « d’où viens-je ? » ou « où vais-je ? ».
Durant l’alteranalyse, l’analyste, de manière tout à fait innovante au regard de la psychanalyse, voire de manière hérétique, se propose de parler de lui, avec des mots choisis, sans tomber dans le pathos ou la mièvrerie, dans le but d’étayer la parole de l’analysant et de soutenir son propos, en encourageant les associations libres. Il soutient une opération d’identification réciproque qui doit débouché dans un second temps sur une différenciation réciproque. En effet, le patient n’est pas l’analyste qui l’accompagne, malgré certaines similitudes.
Généralement de la demande peut émaner un thème que le patient a en arrière plan et qu’il apporte pendant les séances, si tant est que ce thème surgisse. Ce thème ne doit pas gêner, mais servir, la libre parole, encore appelée association libre ou levée de la censure, des tabous. En outre, le patient à la faveur d’une séance qu’il choisi, peut apporter l’une de ses productions. Ce peut-être un texte ou une image ou encore un objet qui ne représente pas la production en question mais qui est la production en question, en ce qu’elle a de transportable, palpable et synthétique. Ce matériel sera l’occasion d’une élaboration autour de la question de l’appropriation de l’oeuvre par le patient, ce qui vient de lui.
Pour présenter le procédé de l’alteranalyse, il n’est pas réservé à une catégorie de personnes, telles les névroses, les psychoses, les perversions (ou que sais-je ?), car nous avons le parti pris que ces catégories sont autant de processus qui nous traversent et sont en lutte au sein de notre appareil psychique. Prolongement et dépassement de la psychanalyse, l’alteranalyse revient à un vocabulaire courant sur nos maux, par exemple nous ne parlons pas de trouble bipolaire, mais de tristesse et de joie, tout en invitant les participants à réfléchir dans la cathédrale de leur âme, à un certain complexe appelé d’œdive – œdipe divin – qui interroge notre rapport d’amour et de haine à l’égard de dieu, notre père, notre ami ou encore notre ennemi, etc., et sa place d’aidant, d’absent ou même amoureuse. Ici, les mécanismes de défense ne sont plus le refoulement et le déni pour n’en citer que deux, mais le dévi ou l’anamnèse, au sens de mécanismes de défense divins : le dévi est une rébellion face à l’ordre dans l’univers, l’anamnèse est selon une définition reconsidérée un temps de blocage dans une tentative de réminiscence. La réminiscence est cette opération de ré-élaboration dans le souvenir.
La psychanalyse repose sur le souvenir tandis que l’alteranalyse repose sur la réminiscence. La remémoration de son vécu puise dans l’inconscient individuel qui n’est en réalité que le préconscient et la réminiscence est la plongée dans le matériel collectif qu’est l’inconscient pour y glaner des bribes, non pas de son histoire, mais de l’histoire d’autrui. Ainsi l’alteranalyse procède en double miroir.
Enfin, avec l’alteranalyse un soucis supérieur est porté dans le face à face pour s’assurer que la parole est pensée et non pas galvaudée ou encore issu de répétition d’un matériel qu’on aurait entendu ça et là, c’est à dire impersonnel. Tout se passe comme si un malin génie pour reprendre les mots de Descartes pouvait porter à notre conscience des croyances fausses. Il tient à l’analyse de faire la part des choses entre les opinions que la personne porte en son nom propre et les opinions communes.
Quels sont les cinq moments archétypaux de l’alteranalyse ?
L’alteranalyse est dans la continuité de la psychanalyse. Elle intervient à la faveur de moments archétypaux. Cinq sont référencés ici :
- Une question, un thème est évoqué en lien avec les personnages issus de la Littérature, de la Mythologie ou des Textes sacrés ;
- Un jeu de rôle est proposé avec des cartes représentant ces personnages historiques, mythologiques ou contemporains ;
- Un souvenir de l’analyste peut servir de point de départ à l’association libre ;
- Une production de l’analysant est envisagée. Il s’agit soit d’un texte soit d’un dessin soit d’une image qu’il a réalisé. Cela peut être aussi question d’un enregistrement audio ou vidéo ;
- Un dessin ou un écrit est produit en groupe de patients, selon l’évolution individuelle de chaque patient.
Prenons un exemple. Les séances se déroulent sur le divant en psychanalyse classique de 45 mn la séance, et surgit une idée, en particulier sous forme de balbutiements. On donne l’occasion de représenter cette forme soit sous celle d’un texte soit sous celle d’un dessin, au cours d’une séance en face à face, séparée, qui peut se dérouler en individuel ou en groupe.

