Quelles lignes ont tracé mon devenir ?
Au moment de me présenter, j’avais coutume de me cacher derrière ma formation universitaire et mon expérience professionnelle. La définition de ma personne ne devrait pas résider dans des caractéristiques communément partagées. Je souhaite plutôt donner sens et vie à ce qui m’a conduit à faire certains choix d’orientation.
Les années Lycée
A l’Ecole, j’avais plutôt des résultats moyens, et certaines difficultés dans les matières scientifiques. En revanche, lorsque j’ai découvert la sociologie et la philosophie, ce fût une grande joie et une passion qui commençait, celle pour les sciences humaines. Enfin, je trouvais une logique au monde qui m’entoure. J’ai souvent regretté de ne pas avoir un mode d’emploi de l’existence, des rapports aux autres, du chemin que l’on doit choisir pour s’orienter. Surtout en cette période d’adolescence tardive, j’étais en demande de réponses face aux incohérences sociales et psychologiques dont j’étais le témoin.
Les différences sociales me choquaient, et je n’avais pas encore découvert de mes yeux la misère en dehors des frontières de la France. A Lyon, puis à Neuilly, où j’étais scolarisée, les différences d’appartenances sociales étaient patentes. Mes parents n’avaient pas le baccalauréat, et même si l’on avait de quoi vivre dignement, ils se sont très vite sentis dépassés pour m’accompagner sur le plan scolaire. Aussi, j’ai compris très rapidement que je devais gagner en autonomie de travail malgré les difficultés.
Les études supérieures
En Terminale, en série Economique et sociale, je donnais le meilleur de moi-même pour les disciplines humanistes. Au moment des voeux du baccalauréat, je me tournais vers la sociologie, car son inscription dans le réel me semblait davantage évident que cela ne m’apparaissait pour la philosophie. Alors que mon second voeux pour faire philosophie à La Sorbonne m’étais accordé, je me rendais à Nanterre décidée à étudier les rouages des mécanismes sociaux. J’ai pu m’inscrire. Cependant, après une Licence en Sciences politiques, où c’est véritablement la sociologie politique qui m’a intéressée, je décide de ne pas me spécialiser, souhaitant plutôt m’inscrire dans une perspective généraliste, pensant aux mots de Weber dans Le savant et le politique, sa critique de la spécialisation universitaire.
Par la suite, j’ai trouvé le courage de suivre des études de psychologie, en cherchant à compléter mes connaissances sur le macrocosme humain, la société, par des connaissances sur le microcosme humaine, le psychisme. J’ai obtenu une Licence mention Bien. J’exerçais alors une certaine réflexivité d’étudiante pour comprendre mon positionnement. Il me fallait expliciter pourquoi je tenais tellement à devenir psychologue, jusqu’à tourner toute ma volonté vers ce but. Et je compris que je répétais une souffrance passée, ce qui désamorça mon désir, au profit d’une interrogation plus profonde sur mon devenir. Je ne désirais plus le titre de psychologue, de même car il s’agit d’une spécialité. Je trouverai dans une autre discipline une capacité à rester dans le domaine général.
Expériences dans l’enseignement
Cependant, il m’a fallu quelques années de recul avant d’envisager de poursuivre ma formation. Durant ce temps, j’ai travaillé en auto-entreprise dans le domaine de la correction de textes, puis dans celui du soutien scolaire. Cela m’a permis de perfectionner ma maîtrise de la langue française et d’accroître mes connaissances académiques. De plus, j’aiguisais d’ores-et-déjà un rapport aux jeunes qui se veut pédagogique, se traduisant par une invitation lancée vers eux, destinée à mettre en valeur une sérieuse mise au travail. Mon procédé était fondé sur l’exemple. Plus j’excellais, plus j’attendais qu’ils m’imitent.
Je n’ai plus le projet de construire mon identité en m’appuyant sur un support étranger, sur la possibilité de me rendre semblable à un groupe plus ou moins fermé. Je me rends compte que je préparais moi-même mon acculturation, c’est-à-dire une certaine distanciation vis-à-vis d’une culture de départ au profit d’une culture d’arrivée. Constatant que j’ai moi-même choisi ce parcours, prenant confiance en moi pour atteindre les objectifs que je me fixe, il me faut prendre de nouveau du recul sur ma volonté d’enseigner, cette fois la philosophie, après un Master dans la discipline et un petit nombre d’années d’expérience au Lycée en tant que professeur de Philosophie.
Conclusion
N’est-ce pas porter un masque que de prétendre étudier, soigner ou enseigner ? Ce sont autant de métiers impossibles, comme Freud les désignaient, à l’instar du métier de psychanalyste. Je considère qu’il est davantage humble de faire face à la nécessité de trouver un moyen de subsistance, en choisissant une activité qui nous ressemble, qui ressemble à notre secrète vocation, comme métier que l’on exerce déjà spontanément parfois à petite échelle.
Pour ma part, cette profession, ce choix réside dans le travail d’écriture. Parce que je suis malheureuse lorsque je n’écris pas, il me faut tenter de m’occuper de ce talent. Ecrire isolément n’est pas mon but cependant. Je veux mettre mes textes à la portée d’autrui. D’où l’idée de proposer à tous ceux qui ne sont pas moi de lire mes textes, c’est-à-dire sans les considérer comme autant de petits moi en puissance, mais en leur concédant une certaine faculté critique.

